Robertson Davies (1913-1995) § Faussaires / Guy Ribes (1948)

ROBERTSON DAVIES

Quand on demandait à Robertson Davies à quel personnage il aimait s’identifier, il répondait au fou, au joker qui vient déranger la donne du jeu de cartes ou encore à Mercure, «le dieu des voleurs et des écrivains, le maître de l’illusion».

Robertson Davies est un romancier, journaliste, dramaturge et professeur canadien né dans une famille de lecteurs. Il fut  lui-même un lecteur assidu. Après ses études à Toronto, il quitte le Canada pour l’Angleterre et des études littéraires à Oxford. Il y est comédien jusqu’en 1940. En 1970, il publie, inspiré des archétypes de Jung, la« Trilogie de Deptford » . Puis, La « Trilogie de Cornish »  au début des années 80.

1457654-gfRobertson Davies est un conteur. Le premier opus, « Les anges rebelles », nous emmène à l’Université de St John  où il va falloir gérer le legs de Francis Cornish, d’innombrables oeuvres empilées dans son appartement poussiéreux. Un assassinat, un suicide, une doctorante tzigane envoûtante, un moine défroqué, un manuscrit inconnu de Rabelais et une galerie de professeurs défilent dans cet ouvrage brillant et drôle. Le second volet s’attache à la personnalité de Francis Cornish et raconte le parcours de ce passionné  d’art, peintre, faussaire, espion, bref « Un homme remarquable » commenté par son ange et son démon personnels. On y trouve une description de l’allégorie, de Bronzino, peintre maniériste du XVIe siècle, qui marquera profondément le goût artistique de Cornish :

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L’homme chargé de sa biographie s’aperçoit que Cornish, né en 1909 en Ontario,  était un peintre génial et inconnu, un faussaire hors-pair qui deviendra expert en oeuvres d’art dans les musées du monde. Quant au troisième volet « La lyre d’Orphée »,  pour moi moins brillant, il raconte le montage d’un opéra inachevé d’Hoffman où les derniers secrets de Cornish sont dévoilés.

EXTRAIT (années trente):

« -Mais les modernes ne peignent pas Dieu et Son oeuvre. Parfois je n’ai pas la moindre idée de ce qu’ils veulent représenter.

-Ils représentent leur monde intérieur et, s’ils sont honnêtes, ce que tous ne sont pas, loin de là, ils travaillent très dur pour y parvenir. Mais ils ne dépendent que d’eux-même; ils ne sont plus aidés par la religion ou par les mythes, et ce que la plupart d’entreeux découvrent n’est une révélation que pour eux-mêmes. De plus, ces quêtes solitaires peuvent mener facilement à des mystifications. Rien n’est plus aisé que de donner le change pour ce qui concerne la vision intérieure, monsieur Cornish. »

Ce sont bien sûr les passages sur la peinture qui m’ont passionnés. Le trafic de faux tableaux durant la seconde guerre mondiale et le travail du faussaire. Découvrir la vie du héros depuis son enfance et retrouver les personnages qui l’ont marquée dans son chef d’oeuvre, peint à la manière des Maîtres du XVIe siècle….qui aboutit à un tryptique des Noces de Cana dissimulant, tel que le lui a stipulé son mentor, le mythe personnel de Francis Cornish!

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Le tableau du bas est un faux Boticelli peint par un disciple au XVIe siècle. National Gallery.

Une copie de tableau, si elle n’est pas présentée comme telle, est un faux. Attribuer une oeuvre à un artiste qui n’en est pas l’auteur aussi. C’est une définition qui date du XIXe siècle, précédemment les élèves et les collaborateurs des grands artistes ont souvent imité pour apprendre ou même participé à l’oeuvre du maître. Le véritable faussaire copie dans le but de tromper.

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Guy Ribes

Guy Ribes a commencé à copier des chefs d’oeuvre en 1975. Dix ans plus tard, il rencontre un marchand de tableaux et devient faussaire professionnel. Il peint dans le style de l’artiste demandé sans jamais copier un tableau existant.  Chagall, Picasso, Dali, Matisse, Bonnard, Modigliani, Renoir et d’autres ont été imités avec tellement de réalisme que certains experts s’y sont trompés. C’est en 2004 qu’il a été confondu, lorsqu’il a voulu vendre lui-même ses toiles. Il est jugé en 2010 et condamné avec onze complices dont le marchand. Il écope de trois ans de prison dont deux avec sursis. Le tribunal a reconnu sa qualité d’artiste. Il peint maintenant dans son propre style. Parmi ses centaines de contrefaçons, certaines sont encore en cours d’expertises.

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Faux de Guy Ribes d’après Marc Chagall

Plus sur le travail des experts sur les objets d’art et d’autres faux :  clicker ici

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Guy RIBES, Fleurs III, Peinture, 116 x 89

 

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5 réponses à “Robertson Davies (1913-1995) § Faussaires / Guy Ribes (1948)

  1. Une fois de plus ton article est passionnant ! Je n’ai guère le temps de le lire comme il le mérite…Je me l’enregistre pour plus tard !
    Merci une fois de plus de nous rendre plus riches !

  2. J’ai lu « La Trilogie de Deptfort » et j’ai adoré. Il me semble que j’ai lu aussi le début de l’autre trilogie, mais c’était il y a longtemps et j’en ne m’en souviens pas trop. Ca me donne envie de m’y remettre !

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