Ai Weiwei (1957) § Analyse transactionnelle

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Ai Weiwei et les graines de tournesols en porcelaine fabriquées par des artisans chinois, installation Tate Modern Gallery.

Ai Weiwei est un artiste chinois, à la fois sculpteur, performer, photographe, architecte, commissaire d’exposition et blogueur. Son père était un intellectuel, un poète célèbre dans le pays qui subira les humiliations publiques du régime politique chinois.  » j’ai repensé à lui, déclare Ai Weiwei, arrêté quatre-vingts ans plus tôt pour avoir réclamé ce droit fondamental qu’est la liberté d’expression. Et j’ai eu le sentiment que l’aventure dans laquelle je suis embarqué aujourd’hui a commencé voilà cinquante ans ». On l’envoie en camp de rééducation par le travail l’année de la naissance de Ai Weiwei. La famille y est confinée jusqu’en 1976.

A l’âge de 21 ans, Ai Weiwei est admis à l’Université du cinéma de Pékin. Il participe en 1979, à la fondation du premier mouvement artistique significatif dans l’art contemporain chinois  » Xingxing » (les étoiles), qui réclamait la liberté de l’art en Chine, ceci 30 ans après la proclamation par Mao de canons officiels (réalisme socialiste) où les artistes étaient censés rejeter toute forme d’expression individuelle.

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Ai Weiwei, « Han Dynasty Urn with Coca-Cola Logo paint », 1994

Dès 1981, il va passer près de douze ans à New York. Il commence par une école de Design qu’il abandonne rapidement pour exercer divers petits métiers et rencontrer des artistes. Il y devient ami avec Allen Ginsberg (poète de la Beat Generation), lequel avait rencontré son père en Chine, et découvre l’oeuvre de Marcel Duchamp ainsi que celle D’Andy Warhol. Il joue un rôle important au sein du collectif d’avant-garde de l’East Village.

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Ai Weiwei, « Juin 1994 » (place Tiananmen), photo. Le modèle, Marylin chinoise, est sa femme, l’artiste Lu Qing.

En 1993, il rentre en Chine pour assister son père malade. Il publie alors plusieurs ouvrages, « Les livres du drapeau rouge« , véhiculant les idées d’artistes expérimentaux chinois, contribue à ouvrir une galerie (CAAW) et installe son atelier. Il participe à la 48e Biennale de Venise en 1999, année de la mort de son père.

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Ai Weiwei « Laisser tomber une urne de la dynastie Han »,1995, et installation. Photograph: Daniel Azoulay / Perez Art Museum Miami/EPA 2014.

Par le travail ci-dessus, l’objectif d’Ai Weiwei était «d’exprimer la réflexion que les nouvelles idées et valeurs peuvent naître d’attitudes iconoclastes». D’ailleurs, en 2014, un visiteur de l’expo, un autre artiste, a suivi ce précepte en saisissant un des «vases colorés» à Miami avant de le briser. Selon lui, un acte de protestation spontané (estimé à un million de dollars!) contre le fait que les artistes locaux ne soient pas exposés dans ce lieu.

Exposition Entrelacs au musée du Jeu de Paume, 2012, Paris :

Un an plus tard, à Shanghai, il loue un entrepôt et présente une exposition baptisée « Fuck Off » en parallèle de la biennale qui s’y tenait. Dans la  série « Etude de perspective », il brandit un doigt d’honneur (ou serait-ce une mesure?) au premier plan de lieux symboliques tels que la tour Eiffel, le palais fédéral de Berne, la baie de Hong Kong ou le Reichstag de Berlin. Un travail toujours en cours. Des images marquantes par leur discours plutôt que leur qualité photographique qui tentent de mettre les différentes cultures et institutions, les symboles de la gloire des gouvernements, sur un pied d’égalité.

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Ai Weiwei, « Étude de perspective » – Tian’anmen. 1995-2003

Toujours en 2000, il fonde son bureau d’architecte FAKE Design. A son actif, environ 70 constructions et projets paysagers ainsi que sa participation au stade national de Pékin (« le nid d’oiseau ») pour les JO de 2008 avec les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron. Jusqu’à cette année-là, il bénéficie d’un traitement de faveur du gouvernement. Il finira pourtant par appeler au boycott de ces jeux.

Jacques+Herzog,+Ai+Weiwei,+Pierre+de+MeuronL’ esprit critique d’Ai Weiwei sur la société en fait un partisan de la communication et des réseaux. Des milliers de photos et vidéos, des blogs, des happenings. Il introduit l’art dans la vie et vice versa, usant d’une  attitude irrespectueuse envers les valeurs établies. Il reprend des éléments iconiques, ancestraux de son pays et les modifie ou les multiplie pour en faire des pièces d’art. Par la variété de ses productions, c’est un artiste « généraliste » qui cherche à maintenir une relation constante avec le peuple chinois et le monde.

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Ai Weiwei, « Fairytale », matériel inclus dans l’oeuvre: les lits et les valises des voyageurs par l’Art!

En 2007, il crée, pour la Dokumenta 12 de Kassel (ville des frères Grimm), un projet qui nécessite la présence de 1001 chinois et chinoises. Ce sera Fairytale (Conte de fée). Il lance un appel aux participants par l’intermédiaire de son premier blog, les photographie et leur demande de remplir un questionnaire destiné à enrichir l’oeuvre. Sont choisis ceux pour qui ce voyage est une occasion inespérée. Chacun, issu de toutes les conditions sociales et d’une vingtaine de provinces chinoises, doit obtenir un passeport et un visa, chose particulièrement difficile en Chine. L’oeuvre présentée retrace en vidéo toutes ces démarches et les portraits des 1001 personnes, de 2 à 70 ans,  invitée à ce conte de fée. (DVD, Presses du réel, 2010)

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Ai Weiwei, « Fairytale », 2007

« Remembering » est une oeuvre composée de 9000 sacs à d’école sur 100m. de longueur. En 2008, lors d’un séisme au Sichuan, les écoles se sont écroulées tuant des milliers d’enfants. Il s’avère que les constructions étaient défaillantes. Le gouvernement n’ayant pas divulgué la liste des victimes pour étouffer ces faits tragiques, Ai Weiwei enquête, réunit des bénévoles pour retrouver les noms des victimes et en dresser la liste malgré le harcèlement des autorités : 4851 morts. L’artiste crée alors toute une série de performances, photos, vidéos, installations pour dénoncer ce déni et, en 2009, expose « Remembering » en Allemagne sur la façade de la Haus der Kunst de Munich. Le gouvernement chinois finit par publier une liste de 5335 personnes décédées lors de cette catastrophe. La précarité des constructions n’a cependant pas été reconnue officiellement.

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Ai Weiwei, « Remembering », 2009. Il y est écrit en caractères chinois: « Elle vécut heureuse jusqu’à 8 ans » (tiré de la lettre d’une mère d’écolière décédée).

Son opiniatreté sur cette affaire transforme la faveur des autorités chinoises à son égard en oppression. En avril 2011, il est interpellé par la police, accusé de fraude fiscale et détenu durant 81 jours durant lesquels il est interrogé et soumis à l’autocritique devant caméra. A Venise en 2013, Ai Weiwei raconte sa détention, la mettant en scène dans six grosses boîtes rouillées installées dans une église. Intitulée S.A.C.R.E.D, l’installation présente six scènes de la vie quotidienne d’Ai Weiwei en prison en présence perpétuelle de deux gardiens. Une atteinte à l’intimité à laquelle doit aussi se soumettre le visiteur qui observe la scène depuis une lucarne

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Ai Weiwei ,musée des beaux arts de Taipei, »Forever Bicycles », cette pièce présente 1200 vélos empilés formant une sculpture abstraite et mobile. Image selon l’artiste de l’environnement social Chinois en mouvement.

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Ai Weiwei, « Tabourets »,installation, 2014 (Photo Eric Powell). 6000 tabourets de bois, utilisés dans les campagnes chinoises depuis la dynastie Ming au moins, forment une sorte d’immense image pixelisée à Berlin. Pour Ai Weiwei, ces meubles humbles évoquent une esthétique rurale spécifique.

Ai Weiwei, assigné à résidence en Chine, ne peut s’y rendre, mais il organise ses expositions dans le monde. Par exemple, au pénitencier d’Alcatraz pour une série sur le thème de ce que signifie l’incarcération, les droits de l’Homme et l’emprisonnement politique. Composée de sept installations majeures dispersées aux quatre coins de l‘île, elle est à découvrir jusqu’en avril 2015.

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Sur la détention d’Ai Weiwei : http://www.arpla.fr/canal20/adnm/?tag=ai-weiwei

Oui, où est Ai Weiwei ? comme l’ont fait remarquer les dizaines de papillons déversés dans l’oeuvre monumentale (Leviathan) qu’Anish Kapoor lui a dédiée (Grand Palais, 2011). Physiquement, il est bloqué en Chine, mais son esprit essaime l’idée de la liberté d’expression et de la démocratie. Il n’est pas dénué d’ambiguïté, il peut sembler profiter du système autant que le gêner. Mais sa manière hétérogène de pratiquer son art lui permet d’interroger le monde en laissant le pouvoir chinois plutôt démuni!

Un film documentaire intitulé « AI WEIWEI : NEVER SORRY » a été réalisé en 2012 par Alison Klayman. Bande annonce:

Exposition à la Royal Academy of Arts de Londres jusqu’au 13 décembre 2015. Non seulement esthétique, mais aussi pertinente qu’impertinente, c’est une exposition magnifiquement commentée par audio guide et panneaux explicites. A voir et faire voir à tous ceux qui dénigrent l’art contemporain!

Lire l’excellent article du blog « Point culture » sur cette expo cliquer ici

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Pendant la révolution culturelle chinoise (1966-1976), les images de propagande représentaient fréquemment Mao en soleil et le peuple en fleurs de tournesols tournées en direction du Grand Timonier.

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Installation à la Tate Gallery, graines de tournesols en porcelaine.

Ai Weiwei franchit sciemment les limites imposées par le pouvoir chinois. Il transgresse les règles des autorités, il les bafoue. L’analyse transactionnelle pourrait le qualifier d’Enfant Rebelle Créateur qui affronte, lors de multiples « Coups de théâtre »,  un Parent excessivement Normatif et Critique représenté par le gouvernement chinois.

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Eric Berne, le père américain de l’analyse transactionnelle , a voulu créer, à la fin des années 50, un outil d’évolution personnelle basé sur des données scientifiques et pourtant facile à comprendre. Une psychothérapie humaniste donc, qui aiderait le patient à prendre conscience de ses comportements. Il part du postulat qu’il existe trois Etats du Moi et que ce qui se passe dans notre vie dépend de l’Etat du moi à partir duquel nous agissons. Pour un psychisme idéal, chaque état occupe la bonne place au bon moment. Lors des échanges sociaux, un grand nombre de Transactions peuvent avoir lieu.

Ces trois états du Moi sont le Parent, l’Enfant, l’Adulte. Ceux-ci ont leurs caractéristiques propres. L’Etat du Moi Enfant en a trois:  soumis, libre et rebelle.

Pour en savoir un peu plus sur l’analyse transactionnelle: Clicker ici

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Ai Weiwei, « Un tigre, huit seins », 2011. L’Etat chinois l’accuse de pornographie.

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11 réponses à “Ai Weiwei (1957) § Analyse transactionnelle

  1. Quelle belle découverte encore une fois ! La figure du rebelle est intemporelle, elle vit au travers de personnalités comme celle de Ai Weiwei qui paient parfois très cher leurs élans et leurs résistances. C’est grâce à eux que nous devons notre espace de liberté 🙂

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