William Eggleston (1939) § Photos et mémoire

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William Eggleston, photo de Maude Schuyler Clay(?). ww.egglestontrust.com

William Eggleston est né à Memphis(Tennessee). C’est dans le Mississippi qu’il grandit entre un père ingénieur et producteur de coton et une mère fille de juge. Une famille du Sud bourgeoise et fortunée. Enfant, il préfère les activités créatives aux sports virils.  Il étudie en dilettante sans obtenir de diplôme. Il acquiert son premier appareil photo en 1957 et découvre les photographies de Robert Frank et de Walker Evans, ainsi que le livre d’Henri Cartier-Bresson « One decisive moment » (en français « Images à la sauvette »), deux ans plus tard.

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Texte et photographies de Henri Cartier-Bresson, couverture Henri Matisse, 1952

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William Eggleston, 1960.

Toutes les images © Eggleston Artist Trust. All rights reserved.

C’est la vie quotidienne qu’il photographie, ce qui est inhabituel pour l’époque, laquelle considère d’ailleurs la photographie couleur comme étant vulgaire et réservée au marketing ou aux quidams. Eggleston immortalise son environnement de Memphis, les voitures, l’émergence des supermarchés, les habitations et leur intérieur, en bref, la banalité.

« Je devais me rendre à l’évidence que ce que j’avais à faire, c’était de me confronter à des territoires inconnus. Ce qu’il y avait de nouveau à l’époque, c’étaient les centres commerciaux – et c’est ce que j’ai pris en photo », disait-il.

Il adopte des points de vue inusités comme au ras de terre (point de vue du chien) ou au plafond (point de vue de la mouche). Des plafonds qui semblent le fasciner et qu’il observera tout au long de sa carrière. Ses cadrages serrés et ses compositions déstabilisent le spectateur, insinuant un sentiment de menace diffuse. La beauté ordinaire d’un quotidien tellement habituel qu’on ne le voit plus. Un gros plan, focus, sur l’évidence : voir ce que l’on n’aurait pas même regardé.

Dès 1965, il expérimente la couleur et, en 1972, enseignant à Harvard, il découvre la technique d’impression du dye transfer.

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William Eggleston, « The Red Ceiling », aussi connu sous le nom de « Greenwood Mississippi », 1973. (35.2 x 55.1 cm)

“Le nec plus ultra, raconte Eggleston, était le dye transfer . Je suis monté directement voir ça sur place, et je n’ai vu que des travaux publicitaires, des images de paquets de cigarettes ou de bouteilles de parfum, mais la saturation des couleurs et la qualité de l’encre étaient incroyables. Impossible d’attendre pour voir à quoi ressemblerait une image d’Eggleston imprimée avec cette technique. Toutes les photos que j’ai tirées par la suite selon ce procédé étaient magnifiques, et chacune semblait encore plus belle que la précédente”.

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William Eggleston, Untitled, « Blue car on suburban street », Memphis, 1970

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William Eggleston, Untitled, « Bed with lights »

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William Eggleston, »Crossing Guard »

En 1976, il expose au MoMA de New York et publie l’ouvrage William Eggleston’s Guide. La photographie couleur est alors validée par une grande institution, date importante qui en fait une forme artistique à part entière. A cette occasion, Eggleston rencontre Andy Warhol et noue une relation avec une de ses « Superstar », Viva (Janet Hoffmann).

Il développe alors son concept de la « caméra démocratique »: tous les sujets sont égaux devant l’objectif.

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Un des premiers clichés couleur de William Eggleston. « Supermarketboy with carts », Memphis, 1965

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William Eggleston, Untitled, c.1971-73, from « Troubled Waters », 1980, Dye transfer print,

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William Eggleston, ‘Untitled (Glass on plane)’ (1965–74)

« Les objets dans les photos sont naturellement pleins de la présence de l’homme. » WE

Ici, les détails de sa  biographie. Après avoir pris nombre de clichés depuis sa voiture et aux abords de sa ville de Memphis, William Eggleston voyage à travers le monde. De grands cinéastes l’invitent sur leur tournage (Huston, Byrne, Van Sant…). Les photos de la maison d’Elvis Presley à Graceland sont de lui.

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William Eggleston, Untitled (TV room), from the portfolio Graceland. Smithsonian American Art Museum, Washington, D.C.; Gift of Amy Loeserman Klein© Eggleston Artistic Trust and Cheim & Read, New York

Deux documentaires existent à son sujet: « William Eggleston in the real world »,  par Michael Almereyda et en 2006, celui des réalisateurs Vincent Gérard et Cédric Laty  « By The Ways » (A Journey with William Eggleston).

artoff1117Pour explorer les nombreux livres et portfolios qu’il a publié, visitez le site de l’artiste :

http://www.egglestontrust.com/

En 2009 a lieu une exposition de son oeuvre à la fondation Cartier, Paris. En 2015, du 30 janvier au 3 mai, c’est au musée de l’Elysée de Lausanne que William Eggleston expose son travail.

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« I work very quickly. I only ever take one picture of one thing. Literally. Never two. » William Eggleston

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William Eggleston, Untitled (St. Simons Island, Georgia), 1978 from Morals of Vision.

Tout le monde n’a pas le talent de William Eggleston pour photographier ce qui peut paraître banal, mais tout le monde prend des photos!

Avec l’apport du numérique, nous comptons (sans les compter d’ailleurs!) sur nos instantanés pour étayer notre mémoire et préserver nos souvenirs. Mais ceci pourrait avoir un impact négatif sur notre faculté mémorielle. L’observation pure serait plus efficace.

Encore faut-il trier ces photos et les consulter. Selon l’étude de Linda Henkel, chercheuse à l’Université de Fairfeld aux États-Unis, il faut interagir avec les photos que nous prenons et non juste les amasser. Un zoom sur un détail permettrait de mieux mémoriser un objet, une scène ou une oeuvre d’art.

« Les gens sortent leur appareil photo d’une manière presque irréfléchie afin de capturer un instant, mais ils finissent par rater ce qui se passe devant eux, » déclare Linda Henkel.

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Erik Kessel, « 24hrs in Photo », une installation mettant en scène 350’000 photos, soit l’équivalent d’un jour d’upload sur Flickr. Eglise Sainte Claire au Festival Images, Vevey, Suisse..

 

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4 réponses à “William Eggleston (1939) § Photos et mémoire

  1. J’ai un faible pour la photo, et j’aime beaucoup ce travail-ci. Et aussi d’accord avec Linda Henkel sur le numérique , qu’on dégaine à tout bout de champ; souvent il ne reste rien de bien intéressant de cette pléthore d’images.

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