Taryn Simon (1975) § photos d’identité judiciaire

img-taryn-smith-1_093405362156 Taryn Simon est une artiste américaine qui utilise la photographie, le texte et le design graphique. Elle est née à New York dans une famille travaillant déjà ces médias. Elle étudie les sciences de l’environnement à la Brown University, puis poursuit en art semiotics (approche philosophique de l’image par les signes qui permettent la communication) à la Rhodes Island School of Design. Elle obtient son Bachelor of Arts en 1997. En 2001, elle reçoit la bourse de la photographie du Guggenheim. Depuis 2003, avec la série « The Innocents » , elle débute une carrière artistique internationale.

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© Taryn Simon, « The Innocents », 2002, Troy Webb. Scène du crime, The Pines, Virginia Beach, Virginie. Incarcéré 7 ans à la suite d’une condamnation à 47 ans de prison pour viol, enlèvement et vol. Tirage jet d’encre / 121,9 x 157,5 cm

Cette série a pour thème l’erreur judiciaire. Taryn Simon a retrouvé 45 personnes (dont une femme) accusées à tort et dont l’innocence a été prouvée par leur ADN après qu’ils aient subi une peine de prison. La question qu’elle pose avec ce travail, au prix d’intenses et longues recherches, est celle de la crédibilité de la photographie dans l’accomplissement de la justice.

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Taryn Simon, « The Innocents » Charles Irvin Fain, Scene of the Crime, Snake River, Melba, Idaho. Served 18 years of a death sentence.

Le New York Times Magazine lui demande, en 2000,  un photoreportage sur des individus ayant été condamnés à la peine capitale, incarcérés dans le couloir de la mort, puis disculpés après l’apport de nouvelles preuves. A la suite de cette commande, Taryn Simon entame la réalisation de cette série, en collaboration avec l’association The Innocents Project. Trois années de recherches à travers les Etats-Unis pour interroger ces personnes condamnées sur un témoignage oculaire qui s’est révélé inexact. Elle les photographie, isolés, sur la scène du crime supposé ou sur le lieu de leur alibi. Grâce à sa mise en scène esthétique, la finesse de l’artiste est de nous confronter moins à l’erreur du témoin (l’apparente vérité de la photo d’identité) qu’à la faillibilité du processus judiciaire. L’hypothèse de la précision de la mémoire visuelle fait de la photo d’identité un outil illusoire. Ce travail esquisse pour nous le préjudice intolérable que ces personnes ont subi.

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Taryn Simon, 2002, « The Innocents » TIM DURHAM, Skeet shooting, Tulsa, Oklahoma. 11 témoins assurent avoir vu Durham à une compétition de tir au moment du crime. Malgré ça, il a purgé une peine de 3ans1/2 pour viol et vol avant d’être innocenté.

Pour chacun de ses projets, Taryn Simon mène l’enquête sur l’image, ce qu’elle contient, ce qu’elle montre ou qu’elle cache.

«Je commence tout projet par l’écrit, avec un texte qui met en route un travail d’archives, de recherches. C’est un long processus. Ce point de départ est toujours assez académique, proche d’un travail universitaire, qui partirait dans toutes les directions : la science, l’esthétique, les mathématiques, l’analyse du langage, etc. Et la photographie vient toujours en dernier. Comme un point final.»TS

Une vidéo TED (les idées qui méritent d’être répandues) où elle explique sa démarche (sous-titré français):

CMJN de base

Taryn Simon du 24 février au 17 mai 2015

 Et aussi A living man declared dead and other chapters – I-XVIII

CAC le point du jour, Cherbourg jusqu’au 31 mai 2015. Description sur le blog INFERNO.

Taryn Simon est présente à la 56e Biennale de Venise.

Ses autres travaux, tout aussi magistraux, répertoriés et montrés sur son site : http://tarynsimon.com/index.php

La photo d’identité judiciaire (ou portrait anthropométrique) est un portrait photographique pris après l’arrestation d’une personne.  Son but est de permettre aux forces policières de détenir une identification visuelle des personnes arrêtées, ce qui permet aux agents de les présenter aux victimes et aux enquêteurs pour en faciliter l’identification. La plupart des photos d’identité judiciaire sont en deux parties : une vue de face et une vue de côté.(source wikipedia) imagesNée pendant la conquête de l’Ouest (Wanted posters), elle peut être sujette à controverse. En effet le témoin qui y projette sa  représentation personnelle peut être induit en erreur par une ressemblance, l’introduction par les enquêteurs de portraits datés ou tout autre présupposé personnel, inconscient ou non. Taryn Simon complète son travail photographique par quinze films où ces innocents témoignent de leur parcours, depuis leur arrestation jusqu’à leur libération, et des traces indéfectibles sur leur vie personnelle. Lire l’article de  Myrna Boyadjian sur le magazine du Jeu de Paume The Innocents, la puissance rédemptrice de l’image chez Taryn Simon.

simoninnoUn lien sur ce blog : la peine de mort au cinéma .

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6 réponses à “Taryn Simon (1975) § photos d’identité judiciaire

  1. Fabuleux article que je vais faire suivre partout. Merci pour ce beau travail. J’ai aidé des détenus et c’est la raison pour laquelle cette artiste me touche particulièrement. Merci

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