Mon Avignon 2015

affiche-avignon-off-20151336 spectacles affichés au Off, beaucoup à voir! Et cette année, une incursion au Festival In pour deux spectacles : Le Roi Lear d’Olivier Py, finalement juste pour une heure sur les deux et demie programmées… Insipide, vociférant et grosses ficelles : ennuyeux et déplaisant.

En revanche, le Vivier des Noms fut un régal! La pièce de Valère Novarina est jouée au Cloître des Carmes, un lieu magnifique et serein (malgré un mistral furieux…), où nous avons assisté à une représentation mettant en scène les mots dans l’espace scénique toute de fulgurance, d’humour et de poésie. Les huit comédiens incarnent à merveille les communautés et personnages divers qui présentent leurs rites avec ce langage innovant où les mots se mélangent entre eux et créent une poésie enfantine et savante à la fois. Un coup de chapeau admiratif aux comédiens, particulièrement « l’historienne » Claire Sermonne, qui ont ingurgité une telle mixture langagière!

Sur les seize spectacles du off, un ratage, trois médiocres, douze délicieux bonheurs.

LE coup de coeur, intitulé Neige Noire, raconte avec émotion et justesse, la vie de Billie Hollyday, la chanteuse de jazz fracassée par son enfance, les préjugés raciaux et une détresse qui la conduit à la déchéance. Une partition biographique rehaussée de fantaisie, portée par une comédienne et chanteuse de talent.

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« Neige Noire », avec Samantha Lavital et Rémi Cotta

L’incontournable Cercle des Illusionnistes d’Alexis Michalik, une histoire aussi envoûtante que le précédent Porteur d’histoires, sur un modèle analogue. Ou comment la magie de Jean-Eugène Robert-Houdin est liée à Georges Méliès, le talentueux précurseur de tous les cinéastes. Saupoudré d’une histoire d’amour improbable et miraculeuse, cette pièce est construite et jouée et mise en scène avec brio.

LE-CERCLE-DES-ILLUSIONNISTES-Photos-Match-libre-de-droits-cMirco-MaglioccaSous la glace de Falk Richter, mise en scène par Vincent Dussart, évoque le monde de l’entreprise. Trois consultants en management, dont l’un bataille avec son besoin d’exister. De l’enfance à l’âge adulte, qu’ont-ils fait d’autre que se préparer au monde économique? Comment s’adapter sans se blesser à une société qui gèle les particularités individuelles? La pression pour la performance subie au sein de l’entreprise n’est-elle pas l’image de ce que nous pouvons infliger à l’enfant en éducation? L’ourson géant, symbole de l’enfance, qui trône au fond de la scène, a une allure robotique qui récuse l’affectivité humaine… Un texte percutant qui interroge le rapport entre l’entreprise et la famille.

Sous_la_glace_1L’intrigue du Paquebot Tenacity, un bijou de théâtre traditionnel, se passe, comme son titre ne l’indique pas, dans un bistrot portuaire. Deux rescapés de la première guerre mondiale se préparent à embarquer pour le Canada et la liberté, enfin! Une avarie du paquebot les force à passer plus de temps à terre. Rencontrer alors Thérèse, la jolie serveuse, et Hidoux, le très sage et néanmoins poivrot local, va remettre en jeu leurs destins. Autour du thème du choix, le jeu intense des comédiens donne toute sa contemporanéité à cette pièce drôle et pleine d’humanité.

Avec Leo, les lois de la gravité ne sont plus ce qu’elles devaient être. Cirque, théâtre, cinéma et danse. Rien que ça! et c’est magique!

LEO_PhotoAndyPhillipson21La carrière d’Emil Zàtopek, l’atypique athlète tchèque, est retracée dans Courir, un monologue élégant d’après le texte de Jean Echenoz. Il est accompagné avec bonheur par le saxophone baryton du musicien Michel Aumont. Associé au comédien Gilles Ronsin, le souffle du coureur de fond y est restitué de façon magistrale.

Un Molière est indispensable à un festival réussi! Les fâcheux, pas tellement connue, est une pièce très drôle et totalement intemporelle puisqu’elle parle des inévitables importuns qui peuvent gâcher les moments les plus décisifs!

 » Sous quel astre, bon Dieu, faut-il que je sois né, Pour être de fâcheux toujours assassiné ! Il semble que partout le sort me les adresse, Et j’en vois, chaque jour, quelque nouvelle espèce. « dit Eraste au comble de la rage. Quatre comédiens décoiffants mis en scène par Jérémie Milsztein.

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Photo Christine Coquilleau Nait Sidnas

Et mon mal est délicieux d’après un roman de Michel Quint: Une fleur de jasmin réuni un jeune écrivain et un homme d’âge mûr qui lui raconte son histoire. Une histoire liée à celle du théâtre en Avignon, qui débute en 1939 par son amour pour Luz, une jeune émigrée espagnole, qui rêve de jouer le Cid. Gérard Philippe sera le fil rouge de sa vie. Joué avec une immense sensibilité par Michel Le Royer, qui a côtoyé tous les grands comédiens de l’époque, Max passera sa vie aux côtés de Luz, éperdu d’une passion qui restera platonique.

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Michel Le Royer

« King Kong, ici, fonctionne comme la métaphore d’une sexualité d’avant la distinction des genres telle qu’imposée politiquement autour de la fin du XIXe siècle. King Kong est au-delà de la femelle et au-delà du mâle. Il est à la charnière, entre l’homme et l’animal, l’adulte et l’enfant, le bon et le méchant, le primitif et le civilisé, le blanc et le noir. Hybride, avant l’obligation du binaire […] «   Virginie Despentes. Par l’auteure du génial Vernon SubutexKing Kong Théorie est pour moi toujours opportun. Son constat féministe et mordant des rapports hommes-femmes au travers de la sexualité reste actuel. Trois femmes donnent vie et corps à la pièce : Barbara Schulz, Valéry de Dietrich et Anne Azoulay. Des moments riches en témoignages, comme celui où les comédiennes se filment ou celui où elles interrogent le public sur la masturbation.

king-kong-theorie-credit-francois-berthierPour finir en musique, le groupe de jazz Ozma invite à un concert inspiré et illustré par des photographies en diaporama de la guerre de 14-18. Visionner ces images fortes, avec ce puissant soutien musical, retrace l’intensité de ces temps tragiques.

Le site du OFF : http://www.avignonleoff.com/

Le site du IN : http://www.festival-avignon.com/fr/

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La version courte du Roi Lear, présentée sur le parvis du Palais des Papes, aurait suffit au bonheur du public!

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8 réponses à “Mon Avignon 2015

  1. Merci pour ce voyage – t’as bien de la chance…. J’ai vu (une heure) du Roi Lear (à la TV) – et n’ai pas supporté les vociférations…..Un peu jalousement – Bizz

  2. et hier soir – malgré une sortie rando très matinale – j’ai vu la pièce sur ARTE…. et en effet ça fourmille d’idées de mise en scène – et un acteur de ouf…..!

      • Pour le « vrai » on est bien d’accord. Et je signe le « intelligence scénique » – et pour être complet : ma dernière mise en scène de Rochard III date des années 90 – un film qui se basait sur une mise en scène de théâtre et qui m’avait estomaqué (avec Ian McKellen, Kristin Scott Thomas, Robert Downey et Annette Bening) – donc il était temps de me rafraîchir la mémoire…. (d’autant plus que ce film jouait sur des symboles et rapprochements nazi….)

  3. Signe de la profusion avignonnaise. En une quinzaine de jours et une cinquantaine de spectacles, je n’en ai vu que deux parmi ceux dont vous rendez compte (Lear et Fâcheux). Peut-être à l’année prochaine au festival ?

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