Giuseppe Penone (1947) § Urnes

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Giuseppe Penone (Photo Eric Sander), parc du château de Chaumont sur Loire.

Giuseppe Penone, sculpteur italien, est né d’une famille d’agriculteurs à Garessio, un petit village montagneux et boisé de châtaigniers du Piémont. Sa sensibilité se développe au rythme de la nature. Après un diplôme de comptabilité, il entre aux Beaux-Arts de Turin et étudie la sculpture. Une évidence s’impose à lui : le geste, produit par  l’empreinte de la main du sculpteur, est essentiel. Geste qu’il va exercer sur divers matériaux comme l’argile, la pierre, le bois, le bronze, le dessin, la gravure, etc. et aussi les mots.

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Textes publiés en 1999 et revus par l’artiste. Des écrits commencés en 1968.

Dès 1969, il réalise son premier arbre en l’écorçant et le décortiquant, suivant un cerne de croissance jusqu’à retrouver le tronc à l’âge de 22 ans, son âge de l’époque. Ainsi, il remonte le temps, il révèle une réalité enfouie, invisible.

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Giuseppe Penone, « Les arbres des poutres », 1970 (crayon sur papier).

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Giuseppe Penone creusant le cèdre de la série « Répéter la forêt », (Versailles).

C’est à cet âge que, déjà, est organisée sa première exposition personnelle à Turin. Des photographies-traces d’actions menées dans une forêt. Son travail s’inscrit en marge de l’attitude de l’Arte Povera, un « mouvement » artistique italien nommé en 1967. Il regroupe une douzaine d’artistes et marque une volonté de dépouillement des acquis de la culture, un défi à la société de consommation, pour atteindre une vérité dans le geste créateur plutôt que l’objet fini. L’accent est mis sur les matériaux utilisés dans les compositions qui sont généralement des produits pauvres tels que la terre, le sable, les chiffons, le bois, la corde, etc. Un art qui évite de représenter et qui crée, osons l’image, à la manière de la Nature.

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Giuseppe Penone, « Entre écorce et écorce », 2003 (Versailles).

Ci-dessus, le jeune arbre vivant pousse entre les écorces d’un chêne bicentenaire abattu par la foudre (Penone n’utilise que des arbres malades ou morts). Nature et sculpture, contemporanéité et ancienneté se répondent.

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Giuseppe Penone, « Arbre porte-cèdre », 2012 (Penone à Versailles )

«L’arbre, c’est la sculpture parfaite, qui garde en elle la mémoire de son vécu»GP

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Giuseppe Penone, « Il poursuivra sa croissance sauf en ce point »,

“L’arbre, dit Penone, est une matière fluide, qui peut être modelée. Le vecteur principal est le temps: l’homme a une temporalité différente de celle d’un arbre; en principe, si on empoignait un arbre et qu’on avait la constance de ne pas bouger durant des années, la pression continue exercée par la main modifierait l’arbre.” (Editions du Centre Pompidou, 2004).

Au centre de l’oeuvre de Penone, il y a l’empreinte, la métamorphose, le temps, le souffle et la nature (incluant la nature humaine face au règne végétal).  Pour lui, le processus de naissance de l’oeuvre est aussi important que l’oeuvre elle-même.

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Giuseppe Penone, « Peau de feuilles [Pelle di foglie] », 2000, 330 x 180 x 130 cm; module de « Respirer l’ombre »: 78 x 117 x 7 cm (feuilles et parfum de laurier) Collection Centre Pompidou-Mnam, Paris

Une empreinte :  un agrandissement des réseaux capillaires de sa paupière qu’il trace au fusain.

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Giuseppe Penone, « Palpebra [Paupière] », 1989 Fusain fixé sur toile, 218 × 714 cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne

Toucher avec le regard. L’empreinte du corps, mais aussi l’empreinte du doigt. Dessiner au fusain.

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Giuseppe Penone, « Propagazione » (détail), 2012. A l’expo lausannoise, à partir d’une empreinte de doigt, encre typographique sur onyx, 96×96 cm.

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Giuseppe Penone, « Sigillo (sceau) », marbre blanc de Carrare, 2012.

Exhumer la forme contenue dans la matière naturelle, retrouver le coeur, l’âme, le flux vital, en dégageant les veines du marbre.

Un texte poétique  ici de Giuseppe Penone, « Respirer l’ombre ».

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Giuseppe Penone, « Essere fiume, être fleuve »1981. 1 pietra di fiume, 1 pietra di cava, 2 elementi 40 x 40 x 50 cm ognuno, foto © Nanda Lanfranco

« Extraire une pierre sculptée par la rivière, remonter la rivière à contre-courant, découvrir de quel endroit de la montagne vient la pierre, extraire un nouveau bloc de pierre de la montagne, reproduire exactement la pierre extraite de la rivière dans le nouveau bloc de pierre, c’est être rivière ; faire une pierre en pierre, c’est la sculpture parfaite, elle redevient nature, elle est patrimoine cosmique, création pure, la dimension naturelle de la bonne sculpture lui donne une valeur cosmique. C’est être rivière, la vraie sculpture de pierre. » GP

L’arbre moulé dans le bronze est un travail récurrent chez Penone. Le bronze, avec le temps, se patine, s’oxyde et prend des couleurs végétales. L’arbre, statufié par l’artiste, devient fossile. Horizontal comme un fleuve et ses affluents, liquide comme l’a été le bronze en fusion. Métamorphose d’une image végétale, temporelle, animale telle un phasme monstrueux.

Giuseppe Penone, un artiste qui cherche depuis bientôt cinquante ans, est une personnalité essentielle de l’art contemporain. Comme à chaque coup de coeur important, difficile pour moi de choisir parmi ses travaux tous plus fascinants les uns que les autres. Ce lien cliquer ici mène à un article très complet sur cet artiste majeur si vous désirez approfondir son travail.

annonce Sortir_Mise en page 1L’exposition du musée des Beaux-Arts de Lausanne explore les dessins préparatoires de Penone. En regard, sont exposés des travaux sur papier, issus de sa collection personnelle, de Giacometti, Louis Soutter (une peinture au doigt bien sûr) ou Modigliani. Une centaine de dessins de Giuseppe Penone datant de 1967 à 2006, points de départ de l’accrochage,  sont exposés dans une ambiance intimiste, alternant avec quelques sculptures monumentales. Sa galeriste habituelle à Lausanne Alice Pauli soutient le projet.

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Giuseppe Penone, « Vert de la forêt avec chemise », 1984. Frottage de feuilles et couleur végétale sur toile, chemise. 264,5×470 cm.

La métamorphose humaine en végétal, chose possible ici Alternita.com, mais pas de votre vivant!

17258304Saviez-vous qu’il existe des urnes biodégradables qui récoltent les cendres de la personne décédée en les mêlant à des graines pour que la vie en jaillisse sous forme d’arbre? Martin Ruiz de Azua and Gerard Moline, designers espagnols basés à Barcelone, tentent de « transformer les forêts en cimetière ». Un geste écologique, symbolique et économique (129 euros)!

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Giuseppe Penone, « Souffle 6 », 1978 (terre cuite, 158 x 75 x 79 cm) Empreinte du corps de l’artiste.

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13 réponses à “Giuseppe Penone (1947) § Urnes

  1. Un artiste et un article pour moi, qui aime tant les arbres. Jusqu’à l’urne funéraire…Transformer les cimetières en forêts, ou transformer les forêts en cimetières ? Je préfère la première proposition …

    • Oh oui, moi aussi bien sûr! Le travail de Penone aide à voir le vivant du monde végétal qui possède une autre échelle de temps que la nôtre. L’idée de la germination est une magnifique réincarnation, je trouve!

  2. Des oeuvres qui me touchent beaucoup, j’aime tellement les arbres. Comme Idéfix, les arbres abattus me feraient presque pleurer. Qu’un artiste les célèbre ainsi après leur chute est très émouvant. Je vais creuser pour en savoir encore un peu plus. Un grand merci pour cet article, très bonne soirée 🙂

    • En effet, il y a beaucoup à creuser sur Penone qui produit depuis 45 ans environ! J’ai trouvé et lu énormément d’articles sur le net. Difficile de faire un choix de publication. Je me suis un peu perdue…Mais donner envie de connaître mieux cet artiste, c’est le but! Merci à toi pour le commentaire!

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