Splendid’s par Arthur Nauzyciel § masculinisme

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Photo ©Frédéric-Nauczyciel-pour-le-CDNO

Nébuleux, infernal, esthétique, cet objet théâtral! Splendid’s de Jean Genet mis en scène par Arthur Nauzyciel. (19 au 21.04 2016, Théâtre de Vidy, Lausanne)

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Le film « Un chant d’amour » (1950, 24 mn) de Jean Genet en préambule de la pièce, empreint d’une onirique réalité, romantique et cru, installe le public dans une ambiance sensuelle et le recueillement qui accompagne un film muet. Exceptionnel.

L’écran s’élève alors et le somptueux et impressionnant décor de Riccardo Hernandez apparait: l’angle formé par deux parois très hautes, donnant sur un couloir. Une parfaite symétrie, quatre portes et un miroir de chaque côté.

Lumière, bande son (la voix fascinante de Jeanne Moreau), musique, comédiens, scénographie, costumes (et tatouages), chorégraphie. Excellence à tous points de vue!

Alors, pourquoi? Pourquoi ce peu d’enthousiasme de ma part? Serait-ce le texte en anglais? Ma pauvre pratique de cette langue m’empêche de me concentrer sur le jeu, je dois m’appuyer sur les sous-titres, j’en perds l’aspect esthétique littéraire.

Splendids_2_crédit Frederic Nauczyciel

Crédit Photo Frédéric Nauzyciel

Masculin. Tellement masculin, c’est tout ce qui me vient. Ces huit hommes harnachés de leurs armes, s’y accrochant désespérément, leur presque nudité accentuant une puissante fragilité (oui, encore un oxymore..), même dans leur besoin de domination. Ces huit hommes agrippés à leur fusil comme à leur pénis, leur désir de vie, la seule improbable issue … que leur autorise leur virilité exacerbée.

« Si je voulais qu’ils fussent beaux, policiers et voyous, c’est afin que leurs corps éclatants se vengeassent du mépris où vous les tenez. » Jean Genet, JOURNAL DU VOLEUR

Cette pièce m’a larguée, malgré son évident intérêt, par son univers textuel qui m’a semblé si rigidement absurde.

Le texte de Jean Genet n’a été publiée qu’en 1993. En le replaçant dans le contexte de son époque (écrit en 1948), il me vient de la compassion pour ces hommes qui se devaient de donner une image masculine indomptable. Une image imposée avec une sous-jacente violence  par des parents (des mères…) emprisonnés dans les stéréotypes du mâle musclé et aguerri, n’étant capable d’exprimer la tendresse inhérente à leur humanité qu’à travers une vigueur sexuelle agressive.

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L’un des gangster se dévoue pour porter la robe de leur victime assassinée. Photo ©Frédéric-Nauczyciel-pour-le-CDNO

Jean Genet dénonce-t-il cet état de fait? Les connaisseurs le diront.. pour ma part, c’est ce que j’y ai vu.

Le dénouement tragique et inéluctable de la pièce, chorégraphié au ralenti par Damien Jalet, suggère une douceur retrouvée dans la mort violente des protagonistes enfin allégés de leur carcan de rudesse virile.

Le féminisme qui m’habite exige l’équité. En tant que mères, nous devons nous préoccuper aussi de l’imagerie dans laquelle nous projetons nos garçons. Reconnaître le conditionnement de l’identité masculine ne rend pas pour autant masculiniste…

Le terme de masculinisme peut être interprété de deux façons : 1.Mouvement anti-féministe 2.Mouvement se préoccupant de la condition masculine.

Deux définitions d’une ambiguïté antagoniste pour cette appellation qui fait l’objet de débats politiques.

Deux sites pour qui veut se faire une idée : Stop-Masculinisme et Contre-attaque masculiniste au Québec

La question du conditionnement des hommes est au moins aussi importante que celui des femmes. Petit à petit, l’acceptation de critères anti conventionnels et anti genres progresse et permet une avancée humaine d’importance. Un monde pacifié requiert, au-delà des préférences sexuelles, qu’elles soient bi, homo ou hétéro, d’admettre les caractéristiques propres de chacun et chacune, sans préjugés de genre. Et ceci dès l’enfance.

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Image tirée du film UN CHANT D’AMOUR (1950, 26 min) de Jean Genet.

 

 

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4 réponses à “Splendid’s par Arthur Nauzyciel § masculinisme

  1. Très fine analyse de cette pièce très bien montée mais qui a laissée bien des spectateurs sceptiques et déçus, il me semble.

  2. Une œuvre ardue à laquelle tu donnes un visage universel par ta question sur l’injonction de masculinité pour ne pas dire virilité. Merci pour cette ouverture dans la réflexion 😉

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