Robert Smithson (1938-1973) § Entropie

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Impossible de présenter le grand théoricien de l’art qu’est Robert Smithson en un petit article d’une dilettante telle que moi. Mais comme chacun connaît au moins une de ses oeuvres  ….

Replacer l’art dans son contexte naturel ou social, voilà le crédo de Robert Smithson, figure emblématique et théoricien du Land Art. Ses écrits, entre 1964 et 1973, ont eu un profond impact sur la sculpture dont il redéfinit le langage… (Site de Smithson).

Cet artiste né dans le New Jersey installe, dès son enfance, des collections de fossiles et de reptiles vivants dans le sous-sol de la maison familiale. Il grandit avec l’idée qu’il n’aurait pas été conçu sans la maladie et le décès d’un enfant précédent. Il s’interroge, guidé par une tante, sur le sens de la vie, les desseins de Dieu et lit C.G. Jung.

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Robert Smithson in his studio, New York c.1960 © Estate of Robert Smithson. Il pose entre un Christ souffrant et une divinité aztèque dévorante.  (Thimothy D.Martin)

Il obtient une bourse de l’Art Students League à l’âge de quinze ans et se familiarise ainsi avec le milieu de l’art en étudiant durant les trois années suivantes. Il est fasciné par l’expressionnisme abstrait, tel que le produisent Jackson Pollock ou le sculpteur David Smith.

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Robert Smithson, « Eye of blood », 1960

Entre 1956 et 1958, il voyage au Mexique et aux Etats-Unis, avalant les écrits de la Beat Generation. Tout d’abord orientée vers la peinture, son activité artistique bifurque vers la sculpture dès 1963 lorsqu’il s’installe à New York. C’est alors la cristallographie qui l’intéresse. Son travail est assimilé à l’art minimal.

Cette même année 1963, il épouse l’artiste Nancy Holt.

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Robert Smithson, « Alogon 2 », 1966

Il s’intéresse ensuite au thème de l’entropie qui ne va plus le quitter. La pourriture, le renouvellement, le chaos et l’ordre, la notion de temps. Cette notion d’entropie, de désordre, de transformation, est pour lui la conséquence de l’inévitable transformation de la société et de la culture, en écho à celle de la nature. Dans ses travaux de terrassement, les intempéries et leurs dégâts doivent faire partie de la pièce. Dès lors, son art ne peut plus rester confiné dans un atelier.

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Robert Smithson, « Neuf déplacements de miroirs », 1969, Yucatan

Les miroirs révèlent le site, mais déforment l’espace. La photo reflète l’instant. Je renvoie le lecteur passionné du travail de Smithson au site de © Olivier Lussac qui a fait, de l’oeuvre ci-dessus,  une analyse très pointue : R.Smithson et les déplacements de miroirs

Utilisant des matériaux non traditionnels tels que la langue (écrits), la terre, des miroirs, des cartes, des camions à benne, des carrières abandonnées, il produit des sculptures, des travaux de terrassement. Il les filme ou les photographie et produit ainsi une sorte de documentation sur le passage du temps et sur l’espace, une critique des effets pervers de la civilisation sur la nature.

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Robert Smithson, « Asphalt on Eroded Cliff », 1969

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Robert smithson, « Asphalt Rundown », 1969

Il conçoit les notions de site (plein air) et non-site (cartes, photos, installations…présentés en intérieur), le contenant et contenu de l’oeuvre, la nature et la culture. Lire l’article de Gwenaëlle Larvol.

Robert Smithson publie en 1968 son essai The Sedimentation of the Mind: Earth Projects, qui décrit la relation étroite qui doit s’instaurer entre l’art et la nature. Il devient le théoricien de l’art de la terre, de ceux qui désirent se débarrasser du chevalet et des musées. Les Earthworks sont des altérations durables du paysage, plus ou moins éphémères.

Spiral Jetty, 1970, extrait d’un film 16 mm de 34’52, Electronic Arts Intermix, New-York. Centre Pompidou.

« Spiral Jetty » est la plus connue. Cette jetée en spirale a été réalisée dans l’Utah sous la direction et par Robert Smithson au bord du Grand Lac Salé. Mesurant 457 m de long sur 4,5 m de large, elle est construite à base de boue, de cristaux de sel, de rochers de basalte, de bois et d’eau. Il a fallu 6 jours pour la bâtir en avril 1970. Smithson a choisi ce site pour les vestiges d’un parc historique  et la couleur rose rouge de l’eau. Des tours de forage abandonnées prouvent les échecs de toute tentative d’exploitation humaine du lieu. La spirale est un symbole universel lié au culte solaire et à l’infini. Le film depuis l’hélicoptère s’impose à lui (du grec helix, helikos signifiant spirale). Il suggère une métaphores de l’action de l’art puisant son essence dans les couches profondes de la conscience de l’homme(Centre Pompidou). La spirale est périodiquement submergée, puis réemerge, elle dépend de l’entropie naturelle du site. Elle est devenue mythique.

abb748ef09ff69b91d2d45a8b53f1894En 1971, à Emmen aux Pays-Bas, Smithson crée Broken Cercle et Spiral Hill. Les deux oeuvres doivent être observées depuis un point en surplomb afin d’être perçues entièrement.

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Robert Smithson, « Broken Cercle », « Spiral Hill », 1971.

Robert Smithson meurt en 1973 dans un accident d’avion lors du survol de son oeuvre en cours Amarillo Ramp, au Texas, qui sera terminée par sa compagne Nancy Holt, Richard Serra et Tony Shafrazy.

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Robert Smithson, « Amarillo Ramp », 1973.

Un film documentaire de James Crump (2015) raconte la genèse de la quinzaine de pionniers du Land Art, tous nés dans les années 30-40, qui fondèrent le mouvement. L’information, la technologie et l’histoire sont à la base de sa création.

Le travail monumental de Robert Smithson est, bien au-delà de la seule sculpture, une réflexion profonde sur l’Homme et la Nature, l’espace et le temps. L’ordre et les constructions humaines évoluent inexorablement vers les ruines, la déliquescence, le chaos naturel. L’éventualité de l’inverse, la nature victime du désordre, nous oblige à nous opposer à l’entropie pour favoriser la durabilité de notre planète. Pour Jean Zin, c’est l’information qui nous permet ce combat responsable.

Quoi de plus fondamental, de plus important à comprendre que le phénomène de l’entropie? L’entropie c’est que tout se dégrade, tout fout le camp, c’est la rouille qui nous ronge, la vieillesse qui nous gagne, le feu qui s’éteint, le temps qui s’enfuit. L’entropie, c’est que tout a une fin, c’est la durée en tant que telle, le temps qu’il nous reste… A l’origine, l’entropie désigne le phénomène de l’échange thermique qui égalise les températures ou la dissipation de l’énergie en chaleur, mais c’est une loi bien plus générale et qui n’est pas si facile à interpréter. On peut dire que l’entropie c’est que « tout passe, tout lasse, tout casse », c’est ce qui rend le temps irréversible, les dégradations et les pertes d’informations irréparables, la mort certaine, mais, justement, il faut bien constater que la vie c’est ce qui résiste à l’entropie, grâce à l’information comme nous le verrons.  Suite de l’article : https://jeanzin.fr/ecorevo/sciences/entropie.htm

Jean Zin, 3 juillet 2004

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8 réponses à “Robert Smithson (1938-1973) § Entropie

      • Je me souviens avoir lu, hélas je ne me souviens plus de son nom, mais d’un sculpteur reconnu qui est mort écrasé par sa propre sculpture lors de son installation…

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