Purity de J.Franzen § André Robillard (1931)

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Mais au fond, qu’est-ce que la pureté?

Non pollué, sans défaut, sans altération, sans mélange, sans souillure, sans tache…

Perfection, innocence, chasteté, simplicité, limpidité, justesse, transparence, netteté…

La pureté est le thème principal, le centre d’intérêt de tous les personnages de ce roman de Jonathan Franzen, ainsi que le prénom de l’une de ses protagonistes. Tous les moyens sont bons pour l’obtenir (tout au moins en façade), le mensonge en premier lieu, l’effacement personnel, même le meurtre peut devenir le prétexte de sa quête. L’efficacité de ce roman tient en partie au lien que l’auteur tisse entre la description de l’intimité de ses personnages et celle de l’actualité publique de notre société informatisée. La transparence, équivalence de pureté, semble être de mise pour les personnages comme pour la société contemporaine, cependant elle n’est en fait que le reflet de l’intérêt de chacun et la construction complexe  que celui-ci a édifiée. Manipulations, mensonges et secrets en sont les briques, cimentées par la culpabilité.

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Ce triptyque de Cy Twombly a été vandalisé par un baiser. La trace de rouge à lèvres laissée par Rindy Sam, selon elle hommage de pureté, a fait polémique en 2007.

Le véritable prénom de Pip est Purity. Sa mère, névrosée (comme les deux autres mères du roman…), a choisi de disparaître pour échapper à un héritage qu’elle trouve honteux, et donc, a construit une mythologie personnelle pour sa fille Pip (surnom du héros des « Grandes espérances » de Dickens), qui, avec le temps, n’en est plus dupe. Ayant terminé ses études, elle se voit contrainte d’en rembourser le coût et décide de se mettre en quête de l’identité de son père qui selon elle, lui doit au moins ce remboursement. Intrigue on ne peut plus classique, mais l’auteur a plus d’un as dans sa manche.

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« Le Roi Lear » controversé d’Olivier Py en 2015 présente une Cordélia en tutu, symbole de pureté.

Elle rencontrera Andreas Wolf, lanceur d’alerte issu de la République du mauvais goût (RDA), fondateur d’une centrale de divulgation de secrets, et Thomas Aberant, journaliste d’investigation. La construction de leurs vies, qui fait l’objet de chapitres du roman, révèle des personnalités troubles et complexes. A travers leurs histoires, leurs pouvoirs, leurs psychologies, Franzen sème les graines des questions que posent son propos : Est-il possible d’aspirer à la pureté dans ce monde de faux-semblant? Notre système démocratique réputé transparent, est-il aussi différent que l’on croit d’un régime tel que la « Démocratie est-allemande »? Les nouveaux Apparatchiks pourraient-ils n’être que les utopistes actuels engoncés dans la sécurité de leur appartenance au « bon côté »  (p.595)?

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La relation parents-enfants, déjà présente dans les autres romans de Franzen y tient une place de choix. Les affaires privées deviennent le microcosme des affaires publiques et, sans moralisation ni solution prémâchée, avec une finesse excluant tout cliché, l’auteur emmène le lecteur vers une réflexion personnelle sur les médias contemporains, la réalité de la démocratie, l’amour et la haine, la transmission, le secret, etc. Aucun temps mort dans ce roman brillant qui propose de multiples sujets de réflexion et un plaisir de lecture passionnant.

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Patricia Piccinini, « The long awaited », 2008. Contraste de la pureté de l’enfance et de la monstruosité.

En art comme partout, la pureté seule m’importe. André Gide

Au-delà du fantastique livre de l’artiste-écrivain Franzen, est-il possible de représenter la pureté en art plastique? Le statut d’une oeuvre d’art peut-il être totalement exclu de l’objet de consommation et donc être pur? L’art, l’artiste est-il assez autonome pour être indépendant? L’oeuvre d’art peut-elle rester pure de toute influence commerciale? Les marginaux, les asociaux qui sont indifférents au marché de l’art sont-ils plus proches de la pureté dans leur acte créatif ? Ou est-ce de la candeur? Les artistes doivent-ils faire preuve de pureté?

La démarche intérieure de l’artiste est bien sûr le point de départ de l’oeuvre.

« …il y a néanmoins des auteurs qui vont rester totalement insensibles, non que la reconnaissance ne leur fasse pas plaisir, mais dont le travail ne changera pas, et qui ne répondront pas aux demandes du marché. André Robillard en est un bon exemple. La personne qui crée sans besoin de reconnaissance, et qui résiste à ce changement de statut et d’environnement, continuera malgré tout à créer de la même manière. »  Sarah Lombardi, directrice du musée de l’Art Brut, 2014.

André robillard LobanovAndré Robillard est un créateur français reconnu d’art brut. Il est le dernier artiste dont l’oeuvre a été directement repérée par Jean Dubuffet. Fils d’un garde-forestier de la forêt d’Orléans, il rencontre tôt des difficultés scolaires et est placé dans une annexe scolaire proche de l’hôpital psychiatrique de Fleury-les-Aubrais (Loiret). Jugé inapte à la vie sociale, il y est interné dès ses 19 ans, puis s’occupe de diverses maintenances pour ce même hôpital. Il y vit toujours dans l’ancienne maison du cuisinier. En 1964, il fabrique son premier fusil  avec des matériaux de récupération pour, dit-il, « tuer la misère ». C’est son psychiatre, le docteur Renard qui a pris contact avec Dubuffet et lui a envoyé les premières créations de l’artiste. Robillard et Dubuffet se rencontrent plusieurs fois. Lorsque s’ouvre le Musée de l’Art Brut lausannois en 1976, il présente des créations d’André Robillard.

Depuis, André Robillard a élargi son registre créatif avec des spoutniks, des fusées, un bestiaire.

 

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Avec le comédien Alexis Forestier, il est aussi monté sur les planches et parti en tournée avec un spectacle intitulé « Tuer la misère » en 2008, puis un second en 2014, « Changer la vie »(en 2015 au théâtre de Vidy, Lausanne). Des expérimentations vocales, musicales, rythmique produites dans l’environnement scénique des oeuvres d’André Robillard. Un spectacle proche de la performance, dérangeant de prime abord, qui montre un florilège de postures et de bruitages découverts lors d’improvisations par les deux compères. Voir cet article bilingue et illustré sur André Robillard

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André Robillard entouré de quelques-unes de ses créations.

La pureté ne peut-elle pas se confondre avec la candeur?

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4 réponses à “Purity de J.Franzen § André Robillard (1931)

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