David Černý (1967) § Atlas des préjugés

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David Cerny devant son oeuvre « Hommes pissant » (2004) devant le musée Kafka de Prague. Leurs bustes pivotent et des citations s’inscrivent dans le bac en forme de République Tchèque.

David Cerny (je me permets d’ôter les accents…) est un artiste plasticien sculpteur tchèque. Il a étudié, entre 1988 et 1965, à l’Ecole des arts appliqués de Prague. site de David Cerny

Il connait la célébrité en Tchécoslovaquie à l’âge de 23 ans lorsqu’il peint en rose le char vert militaire de Staline, emblème de la libération de Prague par l’armée rouge, ce qui lui vaut un séjour en prison. Un acte de rébellion politique dans le contexte de l’époque. Ce ready-made en verra de toutes les couleurs, puisque repeint en kaki, il repasse au rose par la main de députés profitant de leur immunité. Il a maintenant recouvré sa couleur d’origine au musée de l’armée..

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Depuis, le travail David Cerny, politiquement ironique, a déclenché plus d’une polémique. Que ce soit dans la population tchèque ou plus largement, les milieux conservateurs cultivent leur susceptibilité à l’aune de ses pieds-de-nez.

La statue du saint patron de la république tchèque, le très symbolique Saint Venceslas, qui orne la place pragoise du même nom, a son pendant (!) sarcastique dans une galerie adjacente.

Il n’y a pourtant pas que la République Tchèque qui subisse les flèches de l’artiste. Ces dollars épinglés sur une croix incarnent un culte contemporain bien installé…

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David Cerny, « In God we trust », 1991.

Le buste monumental de l’écrivain Franz Kafka, auteur de la célèbre nouvelle « La métamorphose », trône au centre d’une cour de Prague depuis 2014. 42 couches indépendantes les unes des autres

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David Černý, « kinetic Head of Franz Kafka », Prague. Photo by Jindřich Nosek via Wikimedia Commons.

Ses irrévérencieuses sculptures, quelquefois pouvant sembler simplistes, ne sont jamais vaines, elles dénoncent ou amusent et sont autant de questionnements, de provocations, de dénonciations satiriques, d’objets ludiques ou d’invitations à la réflexion. Elles parlent aux franges de la population qui ne sont à priori pas réceptives à l’art conceptuel contemporain. Quelques exemples:

« Bones », 1990, ossements et crâne sous le monument Staline. « Homme suspendu », Freud (ou Lénine?) suspendu par un bras au-dessus d’une rue.
« Quo vadis », installée en 1990, commémore la réunification de la monnaie allemande après la chute du mur. Créée à partir d’une véritable Trabant, comme celles abandonnées par les demandeurs de la nationalité ouest-allemande en 1989.
Les dix « Miminka Babies » géants (3m50 de long) qui semblent grimper sur la tour de la télévision. Présentés pour la première fois en 1994, on en trouve maintenant dans plusieurs endroits de Prague. Leurs visages sont déformés par une empreinte technologique (code-barre ou entrée USB?). « Brownnosers », (2003), la partie inférieure de deux corps humains entre les fesses desquels, si on y enfonce la tête, on peut voir une vidéo de personnages officiels.
L’énorme doigt d’honneur violet qui a flotté sur un ponton de la rivière Vitava en face du siège officiel du président.
« Shark », 2006, la parodie d’une oeuvre de Damien Hirst, sous la forme du corps de Saddam Hussein flottant dans le formol. Etc.  extrait d’interview de David Cerny

En 2001, David Cerny a fondé dans une ancienne boucherie, The Meetfactory , un centre d’art contemporain voué à la musique, au théâtre, aux expositions, ainsi qu’une résidence d’artistes.

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Sa dernière galéjade, en 2009,  est titrée « Entropa », une commande Tchèque pour sa présidence du conseil de l’Europe. Nommé coordinateur de 27 artistes (fictifs) originaires des pays membres, David Cerny crée lui-même pour chaque pays une « saynette » qui lui correspond. Sous forme de cliché gros comme une montagne. Son puzzle de 4 m sur 4 en fibre de verre, garni de figurines, caricature les pays de l’Union avec outrance ( et humour!). Voir ici la description d’Entropa wikipedia. La France y est barrée d’un panneau « En grève » et la Grande-Bretagne déjà absente!

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L’Allemagne gère l’Europe de façon despotique voire tyrannique, l’Irlande regorge de pubs et d’alcooliques, les Français sont des amateurs de fromages et les Italiens d’irrassasiables mangeurs de pâtes. Que les a priori possèdent un fondement ou non, ils ont la vie dure. Par sa différence, l’étranger, le voisin, l’inconnu, manque de familiarité et chacun y va de son stéréotype sur l’autre.

Citation tirée du site http://legeekcestchic.eu/

Le graphiste bulgare Yanko Tsvetskov a créé un atlas des préjugés très drôle que je vous invite à consulter en cliquant sur le lien! « Mes sources sont liées à la culture populaire, à l’histoire et aussi à l’actualité politique. Les retours sont presque toujours positifs. Certaines personnes me contactent d’elles-mêmes pour me donner des idées ou me faire part de leurs préjugés »dit-il. L’exemple de l’Europe vue par la Suisse :

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2 réponses à “David Černý (1967) § Atlas des préjugés

  1. Quel beau bazar curieux ! Nous suivrons désormais avec intérêt vos publications. A propos de curiosité, nous cherchons justement des lecteurs et auteurs cultivant cette qualité pour notre revue, qui vient juste de débuter. A bientôt !

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