Exposition L’Hermitage, Lausanne § Collections privées

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Du 24 juin au 30 octobre 2016 à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne.

Commissaires: Sylvie Wuhrmann, directrice de la Fondation de l’Hermitage, Lausanne, et Didier Semin, professeur à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, Paris.

Cette exposition privée regroupe une centaine de peintures, sculptures et installations du XXe et XXIe siècle. Ne la manquez pas si vous êtes en Suisse! Elle a été réunie par un passionné bien conseillé à partir des années 1950. Etonnamment diversifiée, la collection semble trouver une certaine cohérence par son accrochage.

Au rez-de-chaussée, plusieurs oeuvres de Jean Dubuffet entament la visite, hommage à l’initiateur de l’art brut bien connu des lausannois. Ensuite, les angoissantes installations-meccano et la photo de la performance radicale de Chris Burden, tel un Saint Sébastien moderne, se faisant tirer dessus volontairement en 1971 ont été de surprenantes découvertes. La dernière salle, réunissant des tissus cousus de Louise Bourgeois (dont est tirée l’affiche) et les travaux de collages d’épines, de sculpture, de dessin et de peinture de Giuseppe Penone, rappelle, entre piquant, peaux et surfaces, le long travail d’affinage précédent l’accomplissement de l’oeuvre.

Le premier étage commence avec trois tableaux de Pierre Soulages dont un de ses impressionnants noirs creusé de lignes horizontales. Où l’on réalise les extrêmes variations lumineuses jouant sur sa surface. Le « Lobo » de Basquiat, lourdement encadré Renaissance, ne m’a pas arrêté longtemps au contraire de ses dessins parcourus d’inscriptions, et d’intrigants schémas. Deux oeuvres semblant cinétiques de Cy Twombly, un courant et un tourbillon, accrochent le regard. Mais ce sont les toiles d’Anselm Kiefer qui emportent ma totale adhésion: « Die Ungeborenen », délicat collage de minuscules vêtements sur un fond d’astres incandescents …ou de champ fleuri, une poésie plastique qui touche au plus profond, et ses collages tout simples inspirés de récits mythologiques, empreints de la fragilité du temps qui s’écoule, sont de véritables merveilles.

Le deuxième étage, consacré à Asger Jorn et Louis Soutter est d’une sauvage beauté, flamboyante de couleur pour l’un, tout aussi éclatante, dans le trait noir de l’autre. Les regards intrusifs de ces femmes qui se pressent pour nous scruter: qui est le regardeur? Et, sur le côté, ce « Visage de face aux yeux fermés » de Louis Soutter, d’une tragique incandescence. Mais est-ce parce que je viens de lire le livre émouvant de Michel Layaz « Louis Soutter, probablement »?

De retour au sous-sol, c’est le grand visage de Yan Pei-Ming, entre monstrosité et humanité, qui agrippe et retient. Quelques portraits plus anciens et la grande salle accueille des grands formats dont « La table fin » de Miquel Barcelo fut pour moi la plus suggestive. Mais les deux rieurs napolitains de Jean-Baptiste Carpeaux sont si drôles entre ces deux grands monochromes de Robert Barry sur lesquels on peut lire quelques mots cachés évocateurs en s’approchant.

André Derain, Otto Dix, Sol Lewitt, Agnès Martin, Niele Toroni, etc. c’est une bonne centaine d’oeuvres qui sont exposées. Une collection privée hétéroclite, donc, mais de belles découvertes dans ce lieu intime et chaleureux. Le collectionneur, qui a tenu à rester anonyme, gratifie le visiteur de ses commentaires par casque audio interposé.

Les grands collectionneurs privés sont le plus souvent des milliardaires qui font, la plupart du temps construire leur propre musée ou fondation. Ce qui leur permet d’échapper à une bonne partie de leurs impôts sur la fortune…même s’il en existe de philanthropes. Exposer sa collection privée permet aussi de la valoriser.

Pourtant, certains sont discrets et ne font jamais parler d’eux. Sacha Guitry les appelait les collectionneurs placards, à l’inverse des collectionneurs vitrines…Voir cet article d’Etienne Dumont sur les collectionneurs suisses dans le magazine Bilan.

Les artistes, depuis l’antiquité,  ont toujours eu besoin d’aides financières pour mener leur travail à bien. Entre mécénat et parrainage, les entreprises ou les privés ont remplacés les puissants nobles de la Renaissance ainsi que la non moins influente Eglise.

En 1560, Albrecht V de Bavière devint un des pionniers d’Europe en créant son propre musée privé. Les familles Frick, Whitney et Guggenheim ont ouvert le feu aux Etats-Unis. Aujourd’hui les collections privées d’art contemporain comme celles de Venise (Pinault, mais aussi Peggy Guggenheim pour l’art moderne), d’Oslo (Astrup), de Londres (Saatchi) ou d’Athènes (Joannou) sont les plus réputées.

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Palazzo Grassi, Venise

Avec le crowfunding ou sites de financement participatifs, nous pouvons nous aussi, même avec de petits moyens, contribuer à financer des artistes. En voici trois parmi d’autres et leur regroupement suisse:

https://www.mymajorcompany.com/

https://www.kisskissbankbank.com/

https://www.culture-time.com/fr

http://www.swisscrowdfundingassociation.ch

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Cette biographie de Peggy Guggenheim, personnalité certes peu aimable, mais collectionneuse visionnaire vous permettra peut-être de vous identifier au mécène que vous pourriez devenir!

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2 réponses à “Exposition L’Hermitage, Lausanne § Collections privées

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