Etre bêtes à Vidy § animal

Requiem for a piece of meat by Daniel Hellmann / Teaser from Daniel Hellmann on Vimeo.

Un thème sur le statut animal. De quoi s’interroger… l’être humain fait lui aussi partie de l’espèce animale. La façon dont nous traitons les bêtes en dit long sur notre relation à autrui…

« Requiem for a piece of meat » est présenté comme une messe des morts musicale, chorégraphique, plastique en l’honneur de l’animal. Daniel Hellman, chanteur, danseur, homme de danse et de théâtre, en collaboration avec le cochon nain Nacho (!) présente une pièce d’une esthétique plutôt surprenante. Format XXL, plusieurs saucisses, une tranches de charcuterie et un énorme carré de lard gisent sur la scène. Imperceptiblement, ils se mettent à frémir et donnent naissance aux comédiens. Le processus est inversé, de la viande naît la vie. Ce sont bien des humains qui se meuvent alors sur scène, mais leurs déplacements, leurs comportements sont bestiaux. Un mélange de chevaux, de chiens, de cochons, de volatiles. Les huit danseurs et comédiens jouent et miment cette étrange espèce qu’ils ont créé, mi-humaine, mi-animale. Interprétant de superbes chants lyriques, sur des musiques allant de Marin Marais (XVIIe-XVIIIe) à Gérard Pape (1955), comme le temps qui défile, ce sont ces êtres hybrides qui laissent libre cours à une surprenante expression corporelle interprétant le bien-être, l’agression, le jeu, la satisfaction. Ou la suprême indifférence que ce soit à l’intrusion du regard ou pire. La confiance que les animaux témoignent aux humains pousse-t-elle ceux-ci à l’abus de pouvoir? Composée de sept chapitres, la liturgie propose des images belles, fortes, émouvantes ou dérangeantes. Néanmoins pas aussi dérangeantes que peut l’être la réalité d’une vie animale.

Lors du final, tandis qu’une comédienne grimpe sur la balustrade pour lorgner les spectateurs de plus près, le corps nu d’un comédien narquois affiche avec insistance sa ressemblance avec la pièce de viande qui attend dans le congélateur de l’abattoir.

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Chaïm Soutine, « Boeuf écorché », 1925

Une belle introduction à ce week-end « Etre bêtes« . L’exploration de nos rapports ambigus avec nos colocataires terrestres que sont les animaux. Une conception d’Antoine Jaccoud (auteur, scénariste et dramaturge), coscénariste entre autre des films d’Ursula Meier .

« Les Chiens », un texte d’Antoine Jaccoud mis en lecture par Alain Borek, invite le spectateur au coeur de la relation d’un couple vieillissant et de son chien âgé lui aussi. « Je pourrais compter ma vie en chiens », une formule du père de l’auteur, préambule à cette tranche de vie sur l’immense espace qu’occupent nos animaux domestiques dans notre parcours. Avec beaucoup d’humour, c’est toute une étude sociologique à laquelle nous assistons, nous y reconnaissant à maintes reprises. Antoine Jaccoud nous offre, comme dans son précédent ouvrage « Country », son regard tendre et railleur, aiguisé et empathique, sur ce sujet universel. Dans ce miroir tendu par l’auteur, nous apercevons notre désespérante solitude humaine apaisée par nos animaux de compagnie.

On a longtemps cru qu’on pouvait les caresser et aussi les tuer, les flatter et aussi les abattre, les domestiquer et les laisser crever devant, ou derrière la maison, leur faire des câlins, enfin, avant de les regarder tourner sur la broche. « Regarde comme il est mignon le petit cochon » disait-on à l’enfant avant de lui servir son sandwich au jambon. (…) Antoine Jaccoud, note d’intention.

« Le zoophile » est le texte du dernier opus d’Antoine Jaccoud « L’adieu aux bêtes ». Un monologue poétique évoquant un monde d’où l’animal aurait disparu.

Interprété avec beaucoup de sensibilité par Jean-Yves Rüf, sur une mise en scène d’Emilie Chariot, ce texte interroge un éventuel futur dépourvu de bêtes. A force de surexploitation, puis de surprotection antispéciste, l’auteur imagine une planète terre sans animaux, ceci après 14000 ans de coexistence.

Nous avons besoin de vous.

Nous avons besoin de sentir votre fourrure entre nos mains.elle nous rappelle d’où nous venons — et peut-être bien o`et comment nous finirons aussi.

Nous avons besoin de sentir votre truffe humide dans notre paume. Elle nous invite à la promenade.

Nous avons besoin de sentir votre encolure entre nos bras. Elle nous dit que vous êtes plus grandes et plus rapides et plus fortes que nous.

(…)

Antoine Jaccoud, extrait de « Adieu aux bêtes » (www.dautrepart.ch)

Le lendemain, un débat est organisé dans la cafeteria du théâtre. Il débute par une intervention de jeunes comédiens de la Compagnie Shanju s’interpellant à coup d’arguments divergents sur la consommation de viande : végétarisme, carnisme, veganisme, élevage, spécisme, antispécisme, etc.

Puis les intervenants, une ancienne éleveuse aujourd’hui chercheuse à l’INRA et un philosophe antispéciste, spécialiste de l’éthique animale, entament leurs échanges. Une confrontation intéressante pour un public différencié, les uns découvrant la question, les autres conservant sans doute leur conviction préalable. Dommage que le public n’ait pas pu s’exprimer et questionner, faute de temps.

document audio entre Antoine Jaccoud et Emilie Chariot

Au final, chaque camp dit s’évertuer pour le bien des animaux. Existe-t-il quelqu’un qui mange de la viande parce qu’il déteste les animaux? Que va-t-il advenir d’eux si nous décidions de ne plus élever, ni abattre d’animaux? De nombreuses questions sont ouvertes au sujet des pratiques actuelles. La réflexion personnelle amène inévitablement au constat d’une consommation abusive, d’un irrespect de la vie, d’une souffrance intolérable. Il appartient à chacun de s’informer, de réfléchir à sa position, de participer à la prise de conscience, de partager son point de vue et de vivre en cohérence avec son idéologie.

Peintures rupestres de la grotte de Lascaux. -18000 ans.

Le texte intitulé « Avant » lu par Marthe Keller et Mathieu Amalric met le spectateur face au dialogue d’une vache et d’un taureau dans la file d’attente de l’abattoir. Les deux acteurs, d’une justesse remarquable, s’imprègnent de leur rôle avec un plaisir manifeste. Une immersion aussi douloureuse que drôle, à la manière intelligente d’Antoine Jaccoud. La plongée anthropomorphe dans ce monde qui, quoiqu’on en pense, mène à la mort donnée, est une idée narrative judicieuse. Cet univers concentrationnaire ne peut que nous évoquer les génocides subis au nom d’une « race » ou d’une ethnie.

Enrichi encore d’une exposition photographique et d’un spectacle de danse, ce week-end théâtral consacré aux bêtes démontre que l’art est une fabuleuse manière d’entraîner la réflexion du public, sans moralisation, avec émotion et humour, tout en soulignant la gravité d’un propos essentiel.

Les animaux ( cliquer ici ) accompagnent aussi les artistes pour le meilleur comme pour le pire!

Pablo Picasso, « tête de taureau », 1942

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4 réponses à “Etre bêtes à Vidy § animal

  1. Ce week-end m’a l’air d’avoir été fort intéressant. La simple notion de respect envers l’animal comme envers l’homme pourrait dans bien des cas améliorer les conditions de vie (et de mort). J’apprécie beaucoup le parler des acteurs Marthe Keller et Mathieu Amalric, ce devait être fort. Merci pour cet article.

    • Oui nous devons nous interroger, faire passer le message, nous élever contre les conditions d’élevage et la barbarie des abattoirs. Comment la chair issue de ces tortures pourrait-elle être bienfaisante pour ceux qui la consomme? D’où l’importance d’être attentif à nos achats alimentaires. Cette proposition théâtrale était tout à fait liée à mes préoccupations!

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