Damien Hirst à Venise

Approchez, Mesdames et Messieurs, entrez dans le sanctuaire d’un art populiste, heu … pardon, populaire à votre portée! Là où élite et peuple se rejoignent (même si leurs intérêts divergent..), vous laisserez émerger l’enfant qui est en vous! Il va jubiler, s’extasier, fantasmer! Ha, voilà enfin un artiste abordable, un artiste qui comprend le peuple, qui le divertit et ne lui demande surtout aucune réflexion, non, surtout pas, restons dans le connu: la société de la consommation et du spectacle! Vous avez manqué Disneyland, rattrapez-vous avec « Treasures from the wreck of the unbelievable », Damien Hirst a tout prévu et vous propose d’avaler en une fois le mythe, l’aventure, l’histoire et l’art! Et ceci dans un, que dis-je, deux écrins fabuleux, le palais Grassi du XVIIIe et la Punta Della Dogana du XVIIe (dites merci à François Pinault)! Ben oui, quitte à se répéter, faisons dans la démesure, et vous en aurez pour votre argent, un ticket pour les deux expos, comme au supermarché, lâchez-vous, Damien (et ses comparses) se chargent de vous raconter une histoire, voilà dix ans qu’il y songe.

Comme vous pouvez le voir, nous n’avons pas lésiné sur les moyens et comme dans un célèbre film que, sans nul doute, vous avez vu, le mécène a « dépensé sans compter »(NDLR:Jurassic Park). Oui, car cette visite va revitaliser votre culture à coup de références historiques (un peu d’égypte? de civilisation Aztèque? un gros zeste de Grèce Antique? ) ou cinématographiques… Attention, pas le cinéma prise de tête, hein, un p’tit Mickey, un Goldorak d’or, toujours abordable, pour tout un chacun! et dans la brochure, on vous cite tout de même Burroughs, Aristophane et Cocteau, pardon du peu, offrons quelques miettes aux intellos égarés … ou curieux… ça fait sérieux!

Introduite par une citation tirée de « La Tempête » de Shakespeare, l’histoire que l’on vous narre est celle d’un esclave affranchi qui vécut au premier siècle de « l’Ere Commune » (sic) et qui accumula une immense fortune lui permettant d’acquérir une collection d’artefacts provenant des quatre coins du monde (un milliardaire comme un autre…). Hélas, le navire colossal qui les transportait fit naufrage et ne fut découvert qu’en 2008. Cette exposition rassemble ce trésor. Et les ingrédients sont réunis.

Ce qui m’a emballé à la Punta Della Dogana :

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Pas encore d’indigestion? Alors on file au Palazzo Grassi (5000 m2), François est généreux avec Damien et lui octroie ces deux lieux magnifiques, il faut croire que c’est un bon placement les cent trésors de cet affranchi de Cif Amotan II (anagramme de I am a fiction), l’ex-esclave, même si sa collection est composée de commandes, copies, faux, achats et pillages. Très contemporain ça, la dualité fiction et réalité…

Ah mais voilà un sujet de réflexion! Comment a-t-on fait pour introduire cette monstrueuse sculpture de 18 mètres dans l’atrium du palais? Cet être hybride, à tête de saurien, est présenté dans la brochure, ce qui permet d’apprendre un nouveau mot : apotropaïque. Au boulot, cherchez vous-même sa définition! Une expo se doit d’être un peu didactique. Et J.K.Rowling n’a qu’a bien se tenir, Damien Hirst et  son équipe connaissent eux aussi toutes les ficelles de la création de monstres et créatures mythiques.

Quoiqu’il en soit, on peut trouver cette exposition ridicule, hideuse et de mauvais goût, on peut se demander où se cache l’art dans cette débauche de matériaux de toutes sortes (marbre, or, polyester, bronze, granit, aluminium, etc.), on peut se dire que ces lieux somptueux mériteraient de montrer de plus nobles ouvrages, on peut regretter la vulgarité de ces expositions…il n’empêche qu’avant le dégoût il peut poindre une fascination étrange devant ce qui, peut-être, paraîtra extraordinaire, drôle ou même, dans une certaine mesure, réaliste à certains visiteurs. Voilà une exhibition qui me semble totalement démagogique, où l’âme est remplacée par le profit, mêlant des bribes de mémoire collective et de voyeurisme, construite à la perfection pour déplacer les nouvelles foules qui fréquentent les musées, d’ailleurs le guide (à télécharger ici) gracieusement offert à l’entrée, parsème son discours sérieusement fantaisiste d’humour et d’autodérision occasionnelle : il ne faudrait tout de même pas croire que l’on se prend trop au sérieux, même si économiquement, ça l’est! Chaque oeuvre est produite en trois exemplaire plus deux épreuves d’artiste.

Cronos Devouring his Children (312,5×333,3×253,5 cm) , détail.

Extrait du guide : cette sculpture représente le dieu grec chronos dévorant sa progéniture (…). On retrouve le mythe de Chronos dans l’Enfer de Dante relatant l’histoire d’Hugolin della Gherardesca, noble emprisonné au XVIIIe siècle, condamné à la damnation éternelle pour avoir mangé ses enfants. (…) La figure d’Hugolin/Chronos est devenue pour des générations d’artistes (Goya, carpeaux, Rodin) le symbole à la fois des forces du chaos et des conséquences d’un comportement contre-nature.

Tête de Méduse en malachite. “The Severed Head of Medusa,” $4 million. Credit Damien Hirst and Science Ltd. All rights reserved, Artists Rights Society (ARS), New York, 2017; Photo: Prudence Cuming Associates

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