Ugo Rondinone (1964) § les bienfaits de l’ennui

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Né à Brunnen, dans le canton de Schwytz, l’un des trois cantons fondateurs de la Suisse, Ugo Rondinone étudie aux Beaux-Arts de Vienne. Il est actuellement basé à New York dans le quartier d’Harlem où il a réaménagé en atelier-résidence l’église Mount Moriah.

Ugo Rondinone est un artiste polyvalent:  pas de limite concernant les médiums utilisés! avec tout de même un attachement aux classiques que sont le dessin, la gravure, la sculpture. Par ailleurs son travail se rencontre aussi bien dans l’espace clôt du musée qu’en pleine nature. Son univers, est composé de figures mélancoliques, entre drôlerie et tragédie.  Chercherait-il à briser la frontière entre naturel et artificiel?

Ugo Rondinone, expo « The World Just Makes Me Laugh ». Images courtesy the artist and BAMPFA (Berkeley)

Comme Bruce Nauman et Cindy Sherman, Ugo Rondinone explore la figure du clown, emblème de l’amuseur public et du monde de l’enfance. « Vocabulary of solitude » présente 45 clowns endormis dont les visages ont été créés selon les diverses morphologies du monde. Des visages uniformément blancs contrastant avec leurs vêtements colorés. Une apparence gaie et ludique pour une position léthargique et une expression grave et absente. Toute la dualité des oeuvres de cet artiste pour lequel l’amuseur et l’amusement sont des ponts entre le réel et l’artificiel.

Après avoir brièvement participé au courant de l’actionnisme viennois de Hermann Nitsch dans les années 80, il débute à Vienne avec des dessins monochromes de paysages romantiques.

Ugo Rondinone, « Fuenftermaizweitausendundelf », 2011, encre sur papier, cadre en bois, plaque de plexiglass, 272 x 427 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Eva Presenhuber, Zurich. © Ugo Rondinone.

Puis les cibles éclatantes proches des mandalas, mais floues, c’est-à-dire sans mise au point. Honorer le doute et  l’incertitude, célébrer un monde où les frontières perdraient de leur netteté.

© Ugo Rondinone, Photo: Ugo Rondinone Studio « Zweiundzwanzigsterjanuarzweitausendundsiebzehn », 2017 Galerie Kamel Mennour

Emule de Samuel Beckett, Ugo Rondinone se prévaut du minimalisme et de l’absurde. L’errance, l’inertie et le doute règnent. L’ennui et la passivité sont des passages menant à la créativité. Son univers est mélancolique et poétique, ses symboles proviennent du Romantisme, le premier mouvement à laisser entrer l’irrationnel et le rêve dans l’art.

Ugo Rondinone, « An ocean away », Expo Glasstress, Venise 2017.

Pour lui, la mélancolie est “un désir pour quelque chose dont on pense manquer sans savoir exactement ce qu’il est. C’est imaginer une fin heureuse au bout de l’horizon…”

Son travail prend toutes sortes de formes (telles que installations lumineuses ou sonores, photographies, peintures, sculptures, néons, dessins, écrits poétiques, etc.) et il est composé de séries.

Ugo Rondinone, série « Sunrise East », (bronze patiné d’argent). Exposées aux Tuileries, Paris, en 2009.

Ses masques, de prime abord enfantins et primitifs, semblent être un concentré des figures ancestrales que l’on retrouve dans les différentes civilisations, qu’elles soient amérindienne, asiatique ou africaine. Des fac-similés de lunes anthropomorphes, la lune n’est-elle pas visible de partout? La série Sunrise East est composée de 12 pièces figurant les douze mois de l’année et la ronde perpétuelle du temps, thème important de son travail.

Ugo Rondinone, 1996 (220m2)

L’effet quasi hypnotique de ses créations emporte dans un monde onirique et répétitif. « Roundelay » (ci-dessous) est une vidéo réalisée en 2001-2002. C’est aussi le titre d’un poème de Beckett (1976). Le film montre deux personnes qui marchent dans un endroit labyrinthique, absorbés par leur réflexion, leur regard est tout intérieur. Ils ne se croisent pas. Errance, rêverie, détermination?

Comme l’art, la poésie n’est pas logique. Comme l’art, elle vous oblige à ralentir, à ne pas essayer de comprendre puisqu’il faut sentir un poème tout comme il faut sentir une œuvre d’art. UR

Ugo Rondinone, « Seven Magic Mountains« , installation monumentale dans le désert du Nevada, près de Las Vegas.

Au sujet de l’oeuvre « Seven Magic Mountains »:

Au cours des deux prochaines années, 16 millions de voitures vont passer là. C’était le lieu parfait pour mes montagnes magiques. Le désert est très monotone, il n’y a pas d’autre couleur que du brun et un peu de vert, les tons de terre. J’ai choisi les plus agressives des couleurs artificielles. Le soleil du désert illumine les pigments, ainsi même quand il se couche on voit briller les statues. UR

Exposition du Palais de Tokyo

Compagnon durant dix-huit années de John Giorno , Ugo Rondinone conçoit la première rétrospective mondiale sur la vie et l’œuvre de ce poète américain (né en 1936, vit à New York), figure majeure de la scène underground américaine des années 1960.

Ugo Rondinone et John Giorno au Palais de Tokyo. Photo by Giasco Bertoli.

Quelques sources : https://www.letemps.ch/culture/2016/07/14/ugo-rondinone-magicien-pierres

http://madame.lefigaro.fr/celebrites/ugo-rondinone-la-nature-est-ma-religion-240316-113550

https://www.lecourrier.ch/122457/ugo_rondinone_grand_sage (The Wise)

http://www.sadiecoles.com/artists/rondinone#ur-rome-2016 (images)

Les nouvelles technologies se battent pour capter notre attention et distraire son esprit est à portée immédiate de smartphone. Pourtant qu’en est-il de notre temps de rêverie, si ce n’est de réflexion? Consommés avec une certaine modération, l’ennui et la passivité sont propices à la créativité. Les tâches répétitives engendrent un ennui bénéfique. Ceux qui s’ennuient, enfants compris, mettent à profit leur imagination pour découvrir les moyens de s’amuser, de s’intéresser, et développent ainsi une compétence. L’ennui, cette sensation désagréable, rappelle aux gens qu’ils ont des choses plus intéressantes à faire. C’est une condition transitoire. Elle permet de rêver, de rêvasser, de prendre du recul, de se projeter, d’aller vers l’autre, etc. Ne « rien faire » est productif pour soi-même!

Sur ce lien, 10 raisons pour lesquelles L’ennui est votre allié.

Ugo Rondinone, « Vocabulary of solitude ». photo: Hailey Bollinger. clowns

 

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3 réflexions sur “Ugo Rondinone (1964) § les bienfaits de l’ennui

  1. Quelles différences dans ses créations, d’où l’importance de connaître les phases de la vie des artistes pour comprendre son oeuvre et l’évolution de son travail. 1000 merci pour ces partages 🙂

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