Eva Aeppli (1925-2015) § condition humaine/féminine

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Eva Aeppli est née dans le canton d’Argovie en Suisse. Elle fréquente dans son enfance l’école Rudolf Steiner de Bâle dont son père est l’un des fondateurs. Après des études aux Arts Décoratifs de Bâle et un premier mariage dont elle a un fils en 1946 (site sur la famille Leu), sa carrière débute en 1950 par des dessins au fusain. Elle fabrique déjà des figurines en tissu et subvient ainsi aux besoin de la famille, mais c’est vers 1952, lors de son installation à Paris avec Jean Tinguely, que son travail artistique sur des sculptures humaines grandeur nature prend toute son importance.

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Eva Aeppli, « autoportrait », 1953, 60 cm. (SIKART, Copyright: Eva Aeppli. Foto: Jacques Faujour, Saint-Maur-des-Fossés

Eva Aeppli épouse Jean Tinguely en 1951. Ils ont une fille née l’année précédente, Miriam Tinguely (devenue artiste elle aussi). Ils rejoignent leur ami Daniel Spoerri à Paris et finissent, en 1955, par s’installer dans un atelier d’artistes près de Montparnasse, non loin de chez Brancusi.

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Copyright: Eva Aeppli, « Gugus », 1955. (l’artiste a détruit ce fusain en 1965). Foto: Hansjörg Stoecklin, Arisdorf

Un entourage d’artistes et de galeristes stimulant, bien qu’elle ne s’y mêle qu’occasionnellement. Eva Aeppli intensifie sa production artistique et commence ses livres de vie : collages, photos, correspondance, dessins, poèmes témoignant de son parcours.

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Détail de l’un des « livres de vie » de Eva Aeppli, 15 tomes de 1954 à 2000. Photo: musée Tinguely

Séparée de Tinguely en 1960, elle épouse un avocat américain et partage sa vie entre le Nebraska et Paris. Elle détruit nombre de ses dessin. Une série d’huiles sur toiles grand format représentant des têtes, crânes ou visages stylisés constitue sa prochaine série: 424 oeuvres à voir sur SIKART(index établi par Susanne Gyger publié par l’Institut suisse pour l’étude de l’art (ISEA) à Zurich)

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Eva Aeppli, « La fête » (1962), « Honoré »(1974), « Mautz »(1962-5). Museum Tinguely, 2006 Bâle. Image Keystone.

C’est le désespoir de la condition humaine qui est le thème central de son oeuvre de plus de 3oo pièces, dessins, peintures, sculptures, installations…Malgré les divers courants artistiques de l’époque, qu’elle a côtoyé de près, Eva Aeppli a suivi sa propre voie singulière et autonome. Traduire et témoigner de la souffrance humaine fut son défi artistique qui laisse une oeuvre théâtrale empreinte de poésie et de tragédie.

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Eva Aeppli, « Les chanteurs », 1960, (huile sur toile, 130x195cm). Photo: Antonio Ruffaldi Santori.

La création de ses grandes sculptures textiles, groupes ou personnages isolés, devient son principal moyen d’expression dès le milieu des années soixante..

Dans la culture occidentale, un groupe de treize personnes autour d’une table évoque la Cène. Mais à ma table, on ne voit ni le Christ, ni aucun apôtre, les hommes et les femmes qui y sont réunis représentent la condition humaine. Eva Aeppli

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Eva Aeppli, « Groupe de treize » (Hommage à Amnesty international), 1968. Soie, kapok, coton, velours, fer, bois. Don de Samuel D.Mercer à la Georges Pompidou Art and Culture Foundation en 1992)

Membre d’Amnesty international, elle crée en 1990 la Myrrahkir Foundation (basée à Omaha, Nebraska) pour combattre l’oppression, la pauvreté et l’ignorance.

En 1990, elle travaille en commun avec Jean Tinguely pour quelques sculptures …

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Eva Aeppli, Jean Tinguely (collaboration), « Fatima », 1990

…et signe aussi « Hommage aux déportés », groupe de quinze personnages en textile installés dans un wagon, pour le Cyclop de Jean Tinguely (et amis) situé à Milly-la-Forêt en région parisienne.

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Vue du « Cyclop« . Tête monumentale traversée de neurones mouvants. Le wagon est un gage mémoriel.

Eva Aeppli s’intéresse de près à l’astrologie dès 1975. Sa sculpture « Les dix planètes »sera exposée à la Biennale de Venise 1976. Elle en coulera les têtes dans le bronze, offrira les mains à ses amis et détruira les corps.

En 2010, la dernière exposition de son oeuvre a lieu dans la maison autrichienne de son ami Daniel Spoerri.

archiv-eva-aeppliSi la nature humaine semble impossible à définir tant sa variété est infinie, la condition humaine parait universelle. Sur un temps limité, de la naissance à la mort, l’être humain doit faire face à de multiples défis pour se réaliser et donner un sens à sa vie. Entre sa liberté et l’implacable destin qu’il ne peut que subir, les choix à effectuer et les contraintes inhérentes à la vie le rendent dépendant de bien des choses. Ce qui peut évidemment mener au désespoir, ce qu’a choisi de représenter Eva Aeppli dans son travail.

La condition féminine décrit la position des femmes dans l’organisation sociale. Leurs défis existentiels s’en trouvent augmentés du fait d’un pouvoir social plus limité, c’était encore le cas en occident au siècle dernier et tout n’est pas résolu actuellement.

La radicale noirceur des réalisations de Eva Aeppli contraste violemment avec celles, colorées et rondes,  de Niki de Saint-Phalle, seconde épouse de Jean Tinguely. L’art permet de donner libre cours à ses pulsions, autant pour le public que pour l’artiste, de les évacuer en les explorant. C’est pourquoi les créations de ces deux artistes ne me semblent pas aussi éloignées que j’aurais pu le penser de prime abord. Toutes deux femmes engagées, elles ont su faire passer leur message et défendre leur cause.

Pour prospecter de manière ludique parmi l’art des femmes, voici un Calendrier des femmes artistes , une découverte par jour et donc 364 artistes femmes et un homme. Devinez lequel?!

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Eva Aeppli et Niki de Saint-Phalle vers 1960. Photo : © Vera Mercer

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13 réponses à “Eva Aeppli (1925-2015) § condition humaine/féminine

  1. Formidable,Martine!J’adore, et quel étonnant contraste entre ces deux épouses de Tinguely!Son univers est très intéressant, sombre et mortel, mortel au sens que la condition humaine est ici si subtilement dépeinte…Cette Fatima en robe de dentelle comme une mariée et ce visage d’agonie, ça fait un peu frissonner, mais ça me plait. Merci !

  2. Encore une fois, merci beaucoup pour tous ces articles documentés et magnifiquement illustrés. Ton blog est une mine. Je connaissais l’histoire de Nicky de Saint Phalle, pas celle de Eva Aeppli et son travail est très intéressant et poignant. Les portraits ont une expression qui ne peut laisser indifférent.

    • Merci pouzr ton commentaire! Hum, bien illustré, oui…légalement, suis pas sûre d’être juste. Mais pour l’instant, je n’ai pas eu de souci. C’est un blog promotionnel pour ces artistes, j’espère que c’est vu ainsi.

      • Tu as entièrement raison, ce serait vraiment surprenant que l’on pratique la censure pour des articles aussi bienveillants et enrichissants. On ne crache pas sur une promotion de qualité. Tu fais à chaque fois un vrai travail de fond et je te souhaite de poursuivre le plus longtemps possible pour notre plus grand plaisir. Bon week-end à toi 🙂

  3. Jamais je n’aurais imaginé un lien entre ces deux artistes aux univers si contrastés… La photo où elles sont toutes deux respirent la joie. Encore merci pour cet article 🙂 PS : je donne ma langue au chat pour l’homme

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